Congo : Le sexe, arme de guerre en RDC

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Ce projet a pour but de rassembler des témoignages, de présenter les situations dramatiques que vivent ces jeunes victimes de la région de Goma et d’essayer d’en comprendre la problématique.

Première parution d’un court texte qui en dit long pour présenter les situations dramatiques que vivent ces jeunes victimes. Nous voulons aussi tenter d’ouvrir des portes et des pistes sur ce qui pourrait faire changer la situation à court, moyen et à long terme. Ce projet veut également aborder les tentatives qui sont faites pour leur venir en aide. Nous vous invitons à communiquer ce document aux personnes qui auraient une influence pour aider cette cause.

Cette série de textes, magnifiquement illustrés par une jeune ivoirienne, Mafri Bamba, et rédigé conjointement par Jean Claude Buuma Mishiki, Urbain Kapoko, actifs à Goma, Billy Mangole et Kalume Fefe, ont été diffusés parmi les ambassadeurs de la paix universelle de l’Afrique francophone.

Madame Simond, présidente, leur adressait ces mots: « Je vous demande de bien vouloir prendre conscience que de tels actes ne peuvent continuer sans être punis. Je vous demande également de faire tout votre possible, soit moralement, soit matériellement ; mais ce qui est le plus important c’est le soutien du cœur : aider, soutenir, redonner confiance et espoir afin d’installer la paix dans tous ces cœurs et ces corps meurtris par une telle injustice. Unissezvous pour construire dans votre famille, dans votre village et dans votre pays, la confiance, la protection afin d’être solidaires et unis pour faire face à ces monstres que l’on ne peut pas qualifier d’humains, tellement leurs actes sont odieux et inacceptables.»

La situation sécuritaire de l’Est de la République Démocratique du Congo constitue un drame humanitaire que les populations endurent déjà depuis les années 90. Cette région a été, et continue à être le théâtre d’une  désolation des plus accentuées.

Les populations civiles ont été les victimes de massacres, de pillages, d’exécutions sommaires, de vols et surtout de violences sexuelles à l’égard des filles et femmes.  Cette situation a fait que les gens vivent dans une profonde détresse,  une extrême  misère et une pauvreté sans pareille. Les familles doivent se déplacer d’une région à une autre, d’un village à un autre à la recherche d’une oasis de paix. Cette situation fait de la RDC un « pays de honte et de mort ».

La guerre conduit à la pauvreté. Cette guerre sale du Congo Démocratique ne profite à personne, sauf peut être à leurs planificateurs. Les populations sont obligées à vivre dans une vulnérabilité la plus atroce.

Dans plusieurs cultures africaines, voire toutes les cultures et spécialement la culture congolaise, le SEXE est considéré comme la partie la plus intime et la plus sacrée de la personne.

C’est la partie  de l’être, qu’on ne peut  dévoiler, exposer, celle  qu’on se doit de protéger.

Pour démoraliser les familles et les communautés, les différents belligérants du conflit considèrent le sexe comme l’arme de guerre la plus efficace. Une femme ou une fille violée, c’est la tristesse de toute la famille, de tout le village ; c’est le déshonneur de tous. Une femme violée est stigmatisée, ne peut plus se réunir avec d’autres femmes, elle perd toute sérénité et surtout elle perd sa joie de vivre.

Cette arme efficace, le sexe, est utilisée par tous les belligérants, y compris les forces gouvernementales (L’armée gouvernementale en tant qu’institution n’est pas concernée, seulement certains éléments des forces armées sont mis en cause. Malheureusement il arrive que ces éléments soient protégés par leurs chefs hiérarchiques)

Les victimes sont pour le plus souvent  abandonnées à leur triste sort : pas d’assistance officielle, et les bourreaux sont en pleine liberté. Beaucoup des filles et femmes violées ne peuvent pas retourner dans leurs milieux d’origines par crainte d’y retrouver leurs agresseurs.

D’autres conséquences sont associées à ce drame, notamment des conséquences socio

économiques, psychologiques, médicales…

 

Il est impérieux que ceux qui détiennent les pouvoirs ou les responsables, locaux, provinciaux, nationaux et surtout internationaux,  puissent prendre des mesures  pour lutter réellement contre l’impunité et éviter que ces actes de barbaries ne se reproduisent.

Témoignage d’Honorine

Il y a exactement trois ans, j’ai été violée par des hommes du FDLR. Ils sont entrés à  trois  dans notre maison,  où nous  étions avec notre papa, notre maman et mes deux petites sœurs. Ils ont d’abord imposé à notre papa de leur donner de l’argent. Notre papa a été obligé de tout donner même l’argent qu’il cachait nous ne savions où, dans l’espoir  de sauver sa vie et  la nôtre. Ils ont ensuite enchainé notre papa mains derrière le dos. Nous pleurions beaucoup. Au village nous ne pouvions pas trouver d’aide de nos voisins : presque tout le village était occupé par les rebelles. Puis les bandits nous ont dit qu’ils voulaient  coucher avec nous et que  nous devrions choisir entre la mort et le rapport sexuel.

Ils nous ont violées en présence de notre Père. Nous avons immédiatement quitté le village pour éviter la honte. J’ai honte aussi à l’idée de ne plus jamais pouvoir regarder mon père dans les  yeux.

J’ai perdu tout amour à cause de cette tribu ; je ne sais pas si je pourrai un jour manger  avec eux. Ils ont réduit ma vie à néant.

Loin de ma famille, j’ai été obligée d’abandonner l’école car je ne pouvais pas subvenir moi-même aux dépenses scolaires.

Je regrette ma vie.

 

Actuellement Honorine vit à Goma ; Quartier Birere- Kabutembo. Elle est non encadrée, nous l’avions trouvée grâce au Chef de la Division de la Jeunesse du Nord Kivu.

 Témoignage de Chantal

J’ai un enfant que je n’aime pas. Ma famille ne l’accepte pas non plus, ni toute ma communauté ethnique. Cet enfant est pour moi la cause de douleur et de souffrance interne. Je ne comprends pas  comment le curé de ma paroisse a pu me dire un jour que cet enfant était un don de Dieu ! Quel don ? Et quel est ce Dieu qui a permis que je sois anéantie comme ça !

Nous avions abandonné nos villages pour aller nous cacher très loin dans la forêt ; mais il nous fallait à manger, raison pour laquelle nous sommes parties à la recherche de nourriture dans nos champs. Là des hommes en armes qui parlaient le Kinyarwanda nous ont surpris. Une fille qui était plus audacieuse que nous a voulu fuir mais elle a été immédiatement  maîtrisée puis tuée. Je tremblais beaucoup, je n’espérais plus  la vie.

Leur chef dit que j’étais belle et qu’il ne voulait pas me partager avec ses hommes. Il m’a violée, là, avec une grande brutalité.  Puis il m’a emmenée chez lui dans leur base.  Là je suis devenue son esclave car je devrais coucher avec lui chaque fois qu’il en avait envie. Il prenait de la drogue, il m’a aussi imposé d’en prendre pour que je sois aussi forte que lui.

Un autre groupe armé est venu attaquer ce groupe. C’était pour moi l’occasion de fuir. J’avais constaté que j’étais grosse ; j’ai eu du mal à l’annoncer à ma mère. Je voulais faire un avortement secret mais ma conscience et ma foi me l’interdisaient. Je ne voulais pas même pas voir cet enfant. Ma mère ne pouvait pas me garder ni m’assister à l’hôpital. Lorsque je la voyais à la maternité elle faisait remonter en moi les moments d’humiliation que j’avais vécus.

 

Chantal vit actuellement dans le quartier Katoyi. Son histoire s’est déroulée à Pinga, dans le territoire de Walikale. Elle est suivie par l’Association Folestine pour l’écoute mais sans aucune assistance matérielle.

 

Témoignage de Nadia

 

Je n’ai pas été violée d’une manière ordinaire, mais ma situation est plus qu’un viol.

Je suis orpheline de père depuis l’âge de 5 ans. Je vivais avec ma mère mais elle  a été  tuée dans la guerre qui s’est déroulée dans notre village. Nous avons réussi moi et ma petite sœur à prendre fuite pour nous retrouver ici dans ce camps de déplacés de Mugunga 3.

Ici il n’y a rien à faire, nous sommes sans ressources. Pour manger je dois me prostituer, chose que je n’aurais jamais fait chez moi. Ici, des hommes, n’importe qui, peut m’avoir pour 1 dollar, ou 1000 francs CFA, ou même  moins, je n’ai pas de choix.

C’est vraiment de la honte pour moi mais il n’y a rien d’autre à faire ;  c’est la conséquence de la guerre. Je n’aurais jamais imaginé un jour d’avoir à vivre comme ça ; je pensais que j’aurai été une femme importante pour ce pays mais voilà que je vis le contraire.

Nadine Vit dans le camps de déplacés de Mugunga 3 près de Goma ; nous l’avons rencontrée personnellement, et elle a eu le courage de nous raconter sa triste histoire.

 

Témoignage de Francine

Une conséquence  à mon malheur est survenue quelques années après celui-ci. J’avais été violée à Kashebere   par des hommes armés quand ils avaient occupé notre village. C’était un mal sans précédent…  La suite de mon malheur a été que j’ai dû quitter le village pour cacher ma honte car les garçons de mon village ne pouvaient pas aimer ni respecter une fille violée.

Dans l’autre village où je me suis orientée, très loin de mon village,  j’avais trouvé un homme pour m’épouser ; mais quelque temps après mon mariage, mon mari apprit que j’avais été violée. Ce jour là est devenu  le jour encore plus triste et  plus humiliant de ma vie. Mon mari était catégorique : il ne pouvait pas vivre avec « une femme de tout le monde. »

– Il faut que tu ailles rejoindre tes hommes,  avait conclu définitivement mon mari.   Pourtant il m’aimait ; je croyais qu’il finirait par me rappeler  pour rejoindre notre foyer mais je constate que les années passent, et je ne vois rien venir … je ne savais pas que mon mari aurait pu me traiter de la sorte !

 

Témoignage d’Esther

 J’ai été  violée à Shasha  en novembre 2012, quand les militaires du gouvernement fuyaient les M23 à Goma.

Ils étaient en colère d’être chassés par des rebelles alors ils ont violé plusieurs femmes et filles de chez nous et des villages environnants.

Ils sont venus à cinq dans notre maison, chacun avec son arme et des munitions. Ils m’ont imposé de me coucher par terre. Ils ont commencé à me violer à tour de rôle. J’avais perdu toute idée, je ne sentais plus rien et je ne pouvais même plus bouger. Ils ont ensuite introduit un morceau de bois dans mon sexe. C’est à l’hôpital de Kirotshe  que j’ai été soignée.

Malheureusement, le gouvernement a nié ce que ces hommes avaient fait et assuré qu’ils n’avaient commis aucun crime. Pour moi, c’est me considérer comme moins que rien : on me viole et puis on annonce que aucun abus n’a été commis chez nous !

Après une forte pression des ONG internationales, le gouvernement a fait semblant d’arrêter certains violeurs mais je crois que les vrais violeurs sont libres et sans aucune inquiétude.

Esther était encadrée par la Dynamique des Femmes Juristes ; elle vit à Goma ; Quartier Ndosho ; dans une famille d’accueil. N.B. Au moment où nous recueillons ce témoignage, un procès contre 40 militaires de l’Armée gouvernementale est en cours, d’abord  ouvert à Goma, puis transféré à Minova près de Bweremana où sont d’autres victimes.

 

 Ces témoignages sont le résultat travail magnifique d’écoute de la part de Jean Claude Buuma Mishiki. Il est inutile de les multiplier car, à seuls, ils nous montrent la situation odieuse vécue par ces victimes, la précarité dans laquelle elles vivent. Ils nous démontrent à quel point il est urgent de faire connaître le désarroi dans lequel vit toute une population pour espérer être entendue

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A propos de Jean Claude Buuma 4 Articles
Président ONG CNRJ Congo

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