International : Moment opportun : le 21ème siècle nait, le vieux siècle se meurt.

2014.11 dessin valentine choquet pour ONG CNRJ
Novembre 2014 © Valentine Choquet / ONG CNRJ
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En ce 21ème siècle commençant, l’Homme est face à un changement nécessaire et profond.

Parmi deux caractéristiques majeures en cours de changement :

  • La première concerne les structures sociétales d’un siècle dernier, qui n’en finissent pas de mourir depuis les années 70. Il y a eu « Le cassage du moteur économique et la naissance d’une angoisse ».
  • La seconde, celle des transformations de soi nécessaires sur le plan psychoaffectif qui devient de plus en plus inévitables pour les individus et ceci pour de plus en plus de monde. Il y a eu «  La destruction des repères et la traversée de la grande angoisse ».

Bien que dans ce double processus « sociétal » et « psychologique », quelque chose meurt, et qu’il y ait en partie un écroulement, d’une part il ne s’agit pas forcément là, d’un écroulement irréversible et total et d’autre part des indices indiquent que la naissance de quelque chose de nouveau est possible et même en cours. Cela ne se fera pas sans efforts car grandir signifie souffrir, pleurer un peu car on lâche les anciens repères et outils. Il nous faudra alors investir le changement  puis finalement atteindre des bénéfices sociétaux et individuels nouveaux. Evidemment cela concerne la jeunesse tant mondiale que de notre pays. Ce texte  finalement s’inscrit dans la continuité de mes précédents textes, où je mets généralement plus en avant l’approche psycho-philosophique. Pour une fois, je vais donc m’intéresser aussi à la question économique. Avec ce texte je tiens que nous en sommes à « moment opportun de changements possibles » pour aborder ce 21ème siècle.

  1. « Le cassage du moteur économique et la naissance d’une angoisse »

L’une des ruptures majeures que nous ayons connues a été la découverte du microprocesseur et l’apparition d’un nouveau continent qui se déploie sans cesse : le monde informatique. Cette rupture majeure a commencé grâce à l’invention du microprocesseur en 1969 par Marcian Hoff et Federico Faggin, par la suite des premiers ordinateurs à circuits intégrés puis très rapidement de nombreuses machines électroniques.

Cette invention et ses multiples applications ont apporté des modifications profondes dans les modes de production et de travail. Ainsi, petit à petit, on a pu produire plus, en travaillant moins et en étant de moins en moins nombreux. S’est offert à nous alors,  une opportunité historique de redéployer hommes et ressources de manières différentes, mais nous ne l’avons pas fait.

Ainsi la miniaturisation et la force dégagée furent pour ainsi dire un levier et un axe qui permirent de faire basculer les rapports de production.

Ainsi, l’Homme aurait pu se libérer quelque peu du travail et entrer dans une nouvelle ère de réalisation, tant individuel et collective, mais il n’en fut rien. En effet, produire plus sans avoir à payer autant de personnes permit une envolée financière importante et son corolaire, le chômage, qui monta alors de manière exponentielle. Chômage qui augmenta alors même qu’une partie de la population (0,2%) concentra, alors des richesses financières de manière incroyable.

La mentalité libérale dominante des années 1980-90 (même en France alors pourtant socialiste) n’a alors pas permis d’envisager que des investissements devaient être fait et que les taxes devaient être mises pour accompagner cette mutation sociétale. Rétrospectivement nous, collectivement,  avons fait une erreur majeure, celle de ne pas réinvestir dans de nouveaux chantiers : la construction du logement, la préservation de notre environnement, la qualité de vie, la recherche mais aussi dans le bien être et donc dans des plans permettant le maintien aussi d’un certain nombre d’emplois.

Finalement paradoxalement « malgré leur nature annoncée », les libéraux ont eu peur de se lancer vers de nouveaux marchés trop heureux de bénéfices faciles et « peureux (?) » de se lancer vers ces nouveaux chantiers !

Dans les années 80-90, les 0,2 % ne firent rien dans les différents domaines cités, et le restant de la population, ne lutta que très peu pour la redistribution et le développement de « nouveaux chantiers ». Il y eu très peu de luttes pour la bonne raison que les gens ne se rendirent pas compte totalement de ce qui se passait. Les médias parlèrent beaucoup de plans de licenciement qui finirent par toucher même des activités apparemment loin des nouvelles technologies mais l’aveuglement persista.

En effet, les crédits à la consommation étaient encore possibles pour maintenir un peu de consommation, le maintien de certains emplois et les minima sociaux ne permettaient pas forcément de voir la dégringolade collective.

La « dégringolade » commença car les entreprises qui « virèrent » massivement des salariés et qui de fait produisirent avec des machines, « tuèrent » finalement aussi une partie de leurs clients.

De plus le phénomène ne fut pas isolé et toutes les entreprises se mirent à intégrer les outils informatiques et technologiques et à mettre au chômage massivement. Les états-nations ne levèrent finalement  plus assez d’impôts et ne purent maintenir le niveau de qualité nécessaire aux investissements publics surtout qu’évidemment le nombre d’individus continua à s’accroitre de manière naturelle dans les nations. Et pour en sourire ensemble … On avait oublié d’expliquer au peuple d’arrêter de se reproduire ! On eu alors recours à la dette et aux emprunts publics de manière plus massive.

Ainsi cette erreur de ne pas réinvestir ces bénéfices énormes dans de nouveaux chantiers et donc de faire aussi de la création d’emplois fut une erreur avec des répercussions humaines, économiques, écologiques, culturelles, psychologiques et un désastre pour notre cadre de vie. Au fond les moteurs de l’économie mondiale et nationale venaient d’être transformés.

Les moteurs auraient alors et pour longtemps une fuite d’huile et seraient en surchauffe constante. Tout était mis en place pour que l’économie mondiale et nationale calent régulièrement.

Bref, tout était en place pour des crises économiques cycliques de plus en plus fortes … et ceci jusqu’à ce que la voiture un jour ne redémarre plus ! Au fond le créateur s’est confondu avec sa création : nous étions habités collectivement par une logique froide et sans âme et de manière curieuse nous avions pris une forme d’organisation ressemblant à la logique froide d’un ordinateur c’est-à-dire incapable d’innover au-delà de sa programmation, de ces repères habituels.

D’une part les Etats-nations ont donc du emprunter de plus en plus massivement pour faire face aux absences d’impôts afin de faire fonctionner le système sociétale et d’autre part le monde de l’entreprise qui n’étaient pas de reste, devait continuer a toujours produire moins cher.

Du coup, par la suite, de plus en plus, globalement, les machines économiques, utilisèrent le procédé de mobiliser de la dette pour permettre la continuité de leur fonctionnement et les chantiers à développer ne le furent pas plus. Puis bientôt, vint le temps, où les entreprises qui pouvaient se trouver sans clients à court terme cherchèrent alors aussi à produire moins cher en passant par l’étranger.

Elles repoussèrent ainsi le problème à quelques années. En effet, la délocalisation tue aussi l’emploi sur place ainsi que des clients à moyen et/ou long terme. Cela fut là un des aspects de ce que l’on nomma pour la première fois, « la mondialisation ». En 2011, on chiffra que pour « la mondialisation » ce ne fut que « seulement » 15% des emplois détruits. « Seulement » car ce furent les processus de modernisation technologique et l’absence de création de nouveaux chantiers (écologie, logement, nouvelles technologie, bien être etc.), précédemment cités,  qui en détruisirent la plus grande part. Doit-on désespérer ? Non car d’une part les chantiers sont encore là et sont même encore possibles et d’autre part le paiement de la dette est lui-même aussi possible.

Par contre il ne faut pas que la société rate ce rendez-vous et ait l’audace de se mettre au travail. L’idéal serait que le mouvement soit planétaire et dans toutes les sociétés humaines.

2. «  La destruction des repères et la traversée de la grande angoisse » : 

Une économie qui se modifie, une société qui se transforme, des rapports de production qui changent … ne laissent pas de marbre l’éducation et la culture et encore moins l’état de l’Homme. Dans les domaines de l’éducation et de la culture, les valeurs et leurs modes de transmissions, sont alors eux aussi atteints par ces modifications.

Le choix de l’inaction fait par toute une génération d’humains des années 70 (née après 1945) à nos jours, les a plongé très majoritairement dans l’angoisse, la peur, l’effondrement des valeurs personnelles et l’écroulement psychologique. Ils ne furent pas des fainéants car ils décidèrent d’agir mais à minima, c’est-à-dire de juste faire leur travail quand il y en avait.

Par contre, ils ne furent pas très courageux, « ils » levèrent la dette pour payer leur travail et mirent tant le remboursement de la dette que les reformes a faire, sur la tête de leurs enfants.

Enfants, auxquels ils eurent le plus grands mal à transmettre les valeurs dans un tel contexte de violence qu’ils avaient mis en place à leurs encontre. Pour mériter un tel sort les enfants devaient « être mauvais par nature » dans la tête de nombreuses personnes et surtout ils (les enfants) se devaient, eux aussi, de le croire.

Le sondage récent du journal «  Le Monde  », nous le confirma d’ailleurs récemment. La jeunesse n’est pas très aimée et « sa » culpabilisation fonctionne bien.

Quand ce sondage parut dans le monde, il n’y avait ni mouvement de la jeunesse ni aucune révolte en cours. Selon l’enquête, ils seraient égoïstes (63%), paresseux (53%), intolérants (53%) et pas assez engagés politiquement (64%). 83% des sondés estiment par ailleurs que les moins de 30 ans d’aujourd’hui sont différents des jeunes d’avant.

En effet, pour l’opinion, c’est « les jeunes » (ceux qui doivent payer la dette et faire les reformes non faites) qui sont des égocentriques, des ingrats, qui ont toujours tout eu et qui ne devraient pas se plaindre !

Et si dans ce sondage, il y avait là seulement une génération adulte écroulée et dépréciative de sa jeunesse essayant de « la » convaincre qu’elle était nulle ? Et si dans ce sondage, nous envions là, une société d’adulte vieillissante, envahie par sa propre ombre et qui la projette sur sa jeunesse, dans laquelle elle voit tous ses défauts ? Dans ce 21ème siècle qui nait et ce vieux siècle qui se meurt, l’aspect psychologique de la question, est important. Il est assez étonnant d’avoir autant de monde envahi par sa part d’ombre, en l’absence de sens, de signification et de direction, incapable d’envisager la recherche de sens en luimême et sur lui-même et l’extérieur. Depuis 2006, avec Grégoire Tirot, nous essayons d’en parler et l’on commence « à peine » à nous entendre.

Ils nous étaient difficile de faire entendre que la jeunesse devenait une catégorie de personnes stigmatisées.

Evidemment, se plaindre ou demander aux possédants d’investir était aussi difficile car pour certains la peur de perdre son emploi commença à augmenter.

Le sexisme, le racisme, l’antisémitisme, cela parle aux gens mais les anti-jeunes n’existent pas dans les têtes ou alors ce n’est, nous explique-t-on « pas pareil » et/ ou de « moindre importance ». La spoliation d’êtres humains, les organisations méthodiques, les propos et les mises en place de procédures discriminatoires ne posent apparemment problème à pas grand monde puisque certains nous le disent : « c’est de moindre importance ! ».

Après la sortie du livre « La France antijeunes » de Grégoire Tirot et lors d’interventions que je faisais dans des colloques sur la notion d’ « Exclus du Banquet » en 2009, nous avons vu comment certains de nos interlocuteurs ne voulaient rien entendre. Mais même nos chiffrages, nos analyses et sur des années, ne peuvent rien « en apparence » contre ceux et celles qui sont  dans l’ombre, la dépréciation, la lutte intellectuelle imbécile, la fermeture et ils et elles sont nombreux !

Aujourd’hui les travaux de Pierre Yves Chiron, Amélie Derobert et de Sylvie Pereira nous montrent que dans tous les  domaines, les chiffres et les processus à l’œuvre sont les mêmes : manque d’imagination, de créativité, très forte dépréciation, fermeture aux changements etc. Pour ainsi dire, triomphe de l’ombre. Et pourtant au CNRJ, malgré ces constats, nous avons toujours dit que nous croyons en l’Homme. Que l’on ne s’y trompe pas, nous gardons bien, encore et toujours, cette perspective !

En effet, nous savons que c’est depuis cette confrontation avec l’ombre que l’Homme, la Femme, la société du 21ème siècle naitront. C’est donc à chacun de travailler en lui-même afin que de l’ombre jaillisse la lumière.

En effet, il serait désastreux que chacun d’entre nous ne se mette pas au travail. Evidemment, soyons clairs, la jeunesse a aussi ce travail sur soi à faire. Il n’a jamais été dans notre propos de penser qu’elle eut toutes les qualités et qu’elle ne soit pas en devoir vis-à-vis d’elle-même de se réaliser dans sa pleine potentialité et donc de faire face à son ombre, ses failles etc. Quels penseurs de la question jeunesse serions-nous à enlever cette qualité humaine qui consiste parfois à en manquer et d’être dans le devoir de s’y confronter ?

Le mois dernier, je vous disais que le premier archaïsme tout à la fois « résistance et reliquat du 19ème » était la  fermeture à soi-même et que pourtant une perspective était possible. Celle d’un travail sur soi et d’aller vers la découverte de ce que je nommais « le projet qui est en nous ».

Pour rappel je disais que : «  Si vous ne cherch(i)ez pas à vous comprendre, à savoir ce que vous devez réaliser de vous-même, il y a de grandes chances que vous soyez à côté de la plaque, de vous-même et de votre vie.

Etre à côté de la plaque, de votre vie, c’est vivre sa vie en étant dans le « trop en faire » et/ou le « ne rien faire ». Mais surtout « trop en faire » ou « ne rien faire » mais sans  « sens », sans « direction » et/ou sans « émotions éclairées ». Or pour savoir où aller d’une part il faut le découvrir,  cela prends du temps et d’autre part la « lecture » de soi (émotions, sentiments, idées, signes et symboles, actions etc.), qui permettent de découvrir le projet, mettent du temps à se faire compréhensibles et/ou lisibles. Si votre vie consiste pour vous à dormir, à manger, avoir un travail (quand vous en avez un), à vous être mis en couple et reproduit, et que vous consommer sans ressentir, comprendre, sans penser que vous participez à la réalisation du projet d’être vous-même (non pas pour faire plaisir à une théorisation mais parce que vous l’avez profondément compris) alors vous êtes à côté de vous-même, de votre vie. S’émouvoir, penser le monde, agir dans le monde pleinement en étant le plus proche de ce que l’on se doit d’accomplir pour soi-même ( le projet ) C’est çà qui fait la différence entre survivre et vivre l’aventure d’une vie.

C’est ça aussi la plus grande des injustices entre les Hommes et ceci bien avant l’argent. »

Donc Finalement je tiens qu’une perspective personnelle concrète est possible !  Reste à avoir l’audace de s’y mettre.

Conclusion :

« La voie du changement possible ». Comme vous le voyez nous en sommes à un moment historique, où nous avons la chance, la possibilité de nous saisir de l’angoisse, des dysfonctionnements, et de faire face à la part d’ombre pour les dépasser et aller vers du mieux. Ce constat est valable tant du point de vue du fonctionnement de l’Humanité que de l’Homme, que de notre pays mais aussi que pour chacun d’entre nous. Se mettre à donner du sens de manière nouvelle, rompre avec les dysfonctionnements, tant personnels que collectifs, découvrir pour chacun son projet individuel mais aussi collectivement découvrir le projet de l’Humanité, et de là, se mettre à agir de manière nouvelle voilà apparemment notre voie. Faute de quoi dans cette lutte du « bien contre le mal », la part d’ombre, ce mal dont nous sommes tous porteurs, pourra aussi tout autant l’emporter. Ne croyez pas que cela soit là, une pensée simpliste bien au contraire. C’est une pensée complexe, et pour le dire encore plus précisément, une pensée sur un complexe que nous allons être en devoir de dépasser pour réaliser : la beauté, la profondeur, la hauteur de l’Humanité.

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A propos de Frédéric Fappani von Lothringen ✅ 13 Articles
Président international ONG CNRJ

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