Mali : La jeunesse malienne face à l’employabilité

Travail - Photo : skeeze (source : pixabay.com)
Partager l'article :

LSU#36, mars 2017

Selon l’Organisation internationale de travail (OIT), l’employabilité est

« l’aptitude de chacun à trouver et conserver un emploi, progresser dans le travail et s’adapter au changement tout au long de la vie professionnelle ».

En principe, toute formation nourrit l’intention de la part des apprenants formés à s’insérer dans le marché de l’emploi. Ainsi, la formation doit s’établir en fonction de l’emploi disponible sur le marché pour créer un équilibre entre l’offre et la demande.

Les diplômes de l’école sont inadaptés au marché et à ses exigences. Ils proviennent de l’essentiel de la filière d’enseignement général, faute d’une offre de formation professionnelle suffisante et diversifiée. Le développement d’une formation de qualité au sortir de l’enseignement supérieur permettrait d’accroitre l’employabilité des jeunes diplômés et de maitriser les flux inter-cycles, facteur d’un meilleur encadrement et d’une efficacité accrue de la dépense publique de l’Éducation.

L’employabilité doit être au centre des échangés fructueux au Mali. Cette notion désignerait la capacité d’évoluer de façon autonome à l’intérieur du marché de travail, de façon à réaliser, de manière durable, par l’emploi, le potentiel qu’on a en soi.

L’employabilité dépend des connaissances, des qualifications et des comportements qu’on a, de la façon dont on s’en sert et dont on les présente à l’employeur.

Ils sont des milliers de jeunes Maliens aujourd’hui, moralement abattus par le système car trouvant très peu d’espoirs un lendemain plus confortable. Les niveaux et profits de formations sont aussi variés que le nombre. Si l’Éducation n’est pas le frein le plus important, elle demeure un problème majeur. Le manque d’éducation et l’inadéquation des compétences sont les principaux obstacles que rencontrent les jeunes sur le marché de l’emploi.

Ces constats laissent à penser que la majeure partie du chômage, et même du découragement, observés chez les jeunes diplômés au Mali sont essentiellement transitoires, dûs au fait que les mieux lotis attendent d’obtenir un poste intéressant. Néanmoins, la durée de cette transition qui peut prendre des années, et le lien étroit entre la matière étudiée et le taux de chômage, suggèrent un décalage très marqué entre les compétences dont les jeunes disposent lorsqu’ils quittent le système éducatif et celles recherchés par les employeurs.

Quand on aborde la question de l’emploi des jeunes au Mali, on se doit d’examiner le problème des relations entre formation et emploi. Il se pose en effet, particulièrement pour cette jeunesse puisqu’elle se caractérise par sa sortie récente du système éducatif. C’est donc le moment où la question de la relation entre formation acquise et emplois occupés est la plus décisive. C’est une question théorique, qui soulève les questions classiques du déclassement et de l’inadéquation, mais aussi une question politique, car elle concerne les orientations du système éducatif.

Le terme « adéquation » laisse entendre une correspondance précise, tant en niveau, qu’en spécialité, entre formation et emploi. Il évoque un lien causal faisant dépendre la formation de l’emploi et recherchant un ajustement précis des contenus de formation aux contenus d’emploi.

Il postule donc l’existence d’une relation fine, individuelle, instantanée, durable, globale et univoque entre formation et emploi. Ce terme, très fréquent dans les années soixante-dix (70), est désormais contesté et parfois délaissé au profit d’un terme plus neutre comme celui de « relation » qui laisse ouverts le sens et l’intensité des rapports entre formation et emploi. La mesure de l’adéquation est également problématique. Elle peut en effet, se faire de façon objective, en référence à la part des emplois supposés correspondre à la formation, ou de façon subjective, au regard de l’opinion des jeunes eux-mêmes. De son côté, le déclassement peut se définir de façon normative, au vu de ce que l’on pourrait atteindre comme niveau de qualification au regard de la formation acquise, statistique, au vu de l’écart à la situation la plus fréquemment observée, ou subjective, en référence à la perception des personnes à l’égard de leur emploi.

Quels que soient les indicateurs utilisés, les constatations sont nettes. La non correspondance est une situation très fréquente y compris pour la jeunesse malienne ayant suivi des filières professionnelles dont on pourrait penser a priori qu’elles sont mieux orientées vers un emploi précis. Il y a toutefois de fortes différences entre les spécialités et les emplois et aussi entre les personnes. Cette non-correspondance est tout à fait explicable, d’abord parce que les systèmes éducatifs et productifs au Mali ne répondent pas aux mêmes logiques, ensuite pour des raisons de concurrence entre les différents types de sortants de formation et entre les catégories de main-d’œuvre et les spécialités, et enfin pour des raisons de comportement des agents.

C’est pourquoi il semble préférable de considérer la correspondance entre formation et emploi non comme un constat problématique mais comme un processus incertain, sur lequel peuvent intervenir divers acteurs. En ce sens, ce n’est pas un état naturel mais une construction sociale. L’organisation des transitions professionnelles correspond justement à cela : assurer un ajustement.

Partager l'article :
A propos de Christian Ndoassingar 1 Article
Président CNRJ Mali

Soyez le premier à commenter

Laissez un commentaire