Les Maldives au bord du gouffre : Récit d’une mission en eaux très troubles !

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Les Maldives sont considérées comme une destination de vacances pour de nombreux touristes européens, mais cinq haut responsables européens y ont effectué une visite surprise du 11 au 18 août, non pas pour y goûter aux joies de la plongée sous-marine mais pour ont rendre visite aux membres de l’opposition avant les élections du 23 septembre qui risquent de voir le pays sombrer.

Trois membres du Parlement européen, Tomas Zdechovsky de la république tchèque, Maria Gabriela Zoana de Roumanie et Ryzsard Czarnecki de Pologne, tous les 3 de Groupes politiques opposés se sont rendus discrètement à Malé, la capitale, accompagnés d’Henri Malosse, 30e président du Comité économique et social européen, et de Madi Sharma, de la même institution en tant que représentants la société civile.

En raison des menaces reçues avant leur visite, les réunions avec tous leurs interlocuteurs ont été tenues secrètes. Les personnes rencontrées savaient qu’elles risquaient d’être arrêtées et emprisonnées pour avoir parlé à des délégués étrangers et à des journalistes. Cependant, les rencontres ont révélé la vraie nature du régime, qui n’est pas visible pour la communauté internationale et le flux de touristes. C’est un pays, autrefois démocratique, qui est tombé sous la férule d’un apprenti dictateur qui change la loi en fonction de ce qui l’arrange et qui a déclaré avoir imposé un état d’urgence car « la loi lui faisait obstacle ».

Il ne fait aucun doute que la situation se détériore de jour en jour en termes d’état de droit, de corruption, de manque de transparence, de collusion du gouvernement avec les gangs. Pour nos interlocuteurs, il est déjà clair que les fraudes et les manipulations de l’ensemble du processus électoral sont en cours et nous en avons reçu des preuves évidentes. Un état d’urgence a été déclaré sans raisons et une loi antiterroriste a été promulguée qui permet d’arrêter tous les opposants uniquement sur des soupçons tandis que, dans le même temps, les djihadistes rentrant de Syrie sont libres de leurs mouvements. Ces actes ont permis au président Yameen de mettre en prison, le juge en chef Abdulla Saeed, 16 députés lui donnant ainsi une majorité au parlement qu’il n’avait pas et aussi son prédécesseur Maumoon Abdul Gayoom, au demeurant son demi-frère, qu’il laisse mourir sans soins de santé.

La coalition de l’opposition a de réelles chances si les prochaines élections présidentielles étaient libres et équitables. Les 4 partis d’opposition se sont mis en effet d’accord sur un candidat commun, le très respectable vétéran Ibrahim « Ibu » Mohamed Solih. Mais il est impossible d’avoir des élections transparentes lorsque l’opposition n’est pas autorisée à faire des affiches ou à tenir des rassemblements et qu’elle est exclue des médias. Déjà la fraude s’organise. Des pressions sont exercées sur l’enregistrement des électeurs. Ainsi les 70 000 agents du secteur public (1/3 de l’électorat) devront voter sur leur lieu de travail en présence de leurs supérieurs. Des habitants d’îles éloignées ont été informés qu’ils devront s’enregistrer et voter à l’étranger, Londres, Sri Lanka ou Singapour où ils ne sont jamais allés. La commission électorale est entre les mains de Yameen .

C’est à l’extérieur que Yameen trouve ses soutiens : en Chine et en Arabie saoudite On sait que la Chine a investi des milliards de dollars aux Maldives, non seulement dans des centres de villégiature, mais aussi dans des projets d’infrastructure énormément surévalués pour servir de monnaie de corruption. Mais ce sont des travailleurs chinois qui font les travaux et s’installent petit à peu sur les îles. Un accord de libre-échange a été signé et ratifié en cinq minutes par un parlement sans quorum entre les Maldives et la Chine. Des plans pour installer une base militaire chinoise sont en cours.

Le pouvoir croissant de l’extrémisme religieux aux Maldives est un autre sujet préoccupant pour ce pays musulman sunnite à 100 % où le groupe État islamique n’est même pas reconnu comme une organisation terroriste. Pour plaire à son sponsor, l’Arabie saoudite, Yameen a même rejoint la coalition de guerre saoudienne au Yémen sans aucune raison et sans consultation du Parlement. Par habitant, les Maldives comptent le plus grand nombre de djihadistes engagés dans l’Etat islamique: Les Maldives sont une destination de retour des combattants de l’Etat islamique qui n’y sont pas inquiétés. L’Etat islamique organise des défilés dans les rues de Malé avec la protection de la police, mais si les partis d’opposition tiennent des réunions, la police est immédiatement envoyée pour des arrestations. L’Arabie Saoudite envoie régulièrement des universitaires et des religieux pour prêcher.

Les sondages montrent un soutien de 30% maximum pour le président Yameen. Mais sa victoire manipulée constitue une grave menace pour la région de l’Asie du Sud et l’Europe.

En juillet dernier, l’Europe a annoncé des mesures restrictives concernant les Maldives, avec la menace de sanctions ciblées contre les personnes proches de Yameen. Yameen a déclaré que ce sont de fausses menaces car la liste des sanctions est vide. Tomas Zdechovsky a déclaré: « J’ai été rapporteur de la résolution du Parlement européen des Maldives. Nous avons la liste. Il y a 41 noms dessus, je l’ai vu. Nous avons des sanctions ciblées. Il est maintenant temps pour la stratégie. La résolution est claire, les articles sont clairs. Nous enverrons un message fort à l’UE après cette visite « .

Ce ne sont pas de fausses menaces de la part de l’Europe et les individus concernés devraient réfléchir à leurs actions et reconsidérer leurs positions si les sanctions sont imposées. Une interdiction de voyager et un gel des avoirs auront le plus grand impact.

Thomas Zdechovsky a conclu en disant que « la communauté internationale n’acceptera pas un résultat électoral faux, elle agira de concert contre toutes les parties concernées – l’Europe est sérieuse, ses États membres sont concernés et ils travailleront ensemble avec les États-Unis, le Canada, l’Inde et l’Australie , La Nouvelle-Zélande et le Japon à défendre la démocratie et le processus démocratique. La liste des sanctions sera divulguée « .

Henri Malosse a jouté : « La situation des Maldives constitue une menace pour l’ensemble de la communauté internationale et nous concerne tous. Cette situation pourrait se produire partout dans un monde où un apprenti dictateur ambitieux construira une prison pour son propre peuple, soutenu par une superpuissance agressive et des groupes terroristes. Nous ne laisserons pas Yameen transformer les îles paradisiaques des Maldives en enfer. Si Yameen gagne avec ses menaces et ses manipulations, nous ne ferons pas qu’interdire ses amis proches mais interdirons tout le pays aux touristes et aux investisseurs »

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A propos de Henri Malosse 1 Article
30e président du Comité économique et social européen (CESE) (avril 2013-octobre 2015) - Questions européennes pour l'ONG CNRJ

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