Srilanka : Les Tamouls entre génocide, trauma et prise en charge

Sri Lanka - Photo : nuzree (source : pixabay.com)
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Présentation générale de l’ONG CNRJ

Avant de parler de « Tamouls entre génocide, trauma et prise en charge »

Avant de parler de « Tamouls entre génocide, trauma et prise en charge » il me parait nécessaire de présenter quelques peu l’ ONG.

L’ONG CNRJ est l’Organisation Non Gouvernementale des Cercles Nationaux de Réflexion sur la Jeunesse.

Elle est implantée internationalement et sa démarche centrale est d’ « Observer, Penser, Agir ». Sa structure est fédérale et coopérative, ce qui signifie que les populations où existe l’ONG coopèrent, voire initient l’ONG. Ce qui est une grande originalité dans le monde des ONG.

Notre ONG est l’une des rares qui se développe en lien avec les habitants, où elle agit et qui ne reçoit pas d’argent public. Nous reposons sur le volontariat des citoyens et sur une définition stricte de la « non gouvernementalité ».  Elle a donc des finances réduites et se base sur le bénévolat et les compétences et diplômes de ses membres mais, en revanche, dispose d’une réelle liberté de tons et d’actions.

De plus, elle n’agit pas, en générale, ni dans l’urgence ni dans le spectaculaire, mais mène des projets à long terme d’éducation et de qualification des jeunes, tout en militant pour leur place et leur dignité.

Le développement de l’ONG ne se décide pas à Paris.

En effet, chaque CNRJ est fondé par des citoyens des pays, et à leur demande. Chaque CNRJ est autonome bien que respectueux d’une charte et de textes de références de l’organisation et de la synergie d’ensemble. Cependant il y a souvent une exigence de diplôme et/ou de compétences mais aussi d’autonomie financière des personnes désireuses de monter un CNRJ.

Actuellement, l’Organisation Non Gouvernementale des Cercles Nationaux de Réflexion sur la Jeunesse est présidée au niveau international par moi-même.

Je vous parlerai aujourd’hui de la question du génocide probable à l’encontre du peuple Tamoul sur lequel nous avons travaillé. Je vous présenterai dans cette intervention ce que nous nommons « La question du Génocide probable », « La question de la reconnaissance des actes et de la douleur » et je finirai avec la « La question du trauma psychologique collectif » qu’a vécu ce peuple et en particuliers sa jeunesse.

La question du Génocide probable

Depuis plusieurs années au sein de l’ONG des Cercles Nationaux de Réflexion sur la Jeunesse, nous avons travaillé à lutter contre la stigmatisation de la jeunesse dans les nations. Courant 2009-2010, le CNRJ a été saisi par des membres de la communauté tamoule en exil sur la question du génocide. Des membres du CNRJ ont alors travaillé sur les rapports ONU et ont proposés leurs analyses. Il ressortait clairement que le peuple tamoul et pour une grande part les enfants et les jeunes avaient été les victimes d’atrocités.

L’ONU a publié en avril 2011 :

« plusieurs milliers de personnes tuées en 2009, à la fin du conflit entre l’armée et les Tigres tamouls, (…) les populations auraient été victimes de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité entre janvier et mai 2009 au Sri Lanka ». Ainsi nous fumes parmi les premiers de la sphère internationale participer et à alerter sur cette montée de ce que ce nous nommons souvent dans nos écrits comme la part d’ombre de l’humanité au Sri Lanka, tournée contre la jeunesse. »

Nous tenons à rappeler cependant que certains organismes sont présents depuis plus longtemps que nous sur cette question et en ont payé le prix fort. Ainsi :

« le 4 août 2006, 17 travailleurs humanitaires d’Action contre la Faim étaient assassinés dans la ville de Muttur, au Nord-est du Sri Lanka. Fusillés un par un, les victimes ont été exécutés sciemment. Ce massacre constitue (à notre avis), un crime de guerre selon le droit international humanitaire. »

Lors de nos travaux d’expertise, nous avions été aussi touchés évidement par l’ampleur prise la place des enfants et de la jeunesse dans ce drame mais aussi par le trauma que portent encore de nombreux enfants et jeunes Tamouls dans le monde. Les maux post-génocides sont encore présents dans la jeunesse et sont encore mal évalués et évidement, bien souvent sous-évalués à ce stade.

Finalement sous la pression des ONG, les actions de lobbying en faveur des droits de l’Homme, et des enquêtes menées sous l’égide de l’ONU lors de la dernière session du Conseil des Droits de l’Homme en 2012, une résolution a été votée par la majorité des pays qui siège au CDH afin que le Sri Lanka applique les recommandations d’une commission d’investigation pour retrouver les coupables de ces crimes contre l’Humanité qui ont eu lieu en 2009.

Cependant rien n’est encore fait à cette date au Sri Lanka. Actuellement les représentants du Cercle National de Réflexion sur la Jeunesse sur place au Sri Lanka nous parlent d’enlèvements systématiques de jeunes. La liberté d’expression y serait bafouée et des arrestations de journalistes et de juges auraient eu lieu encore récemment.

Pour toutes ces raisons, à l’ occasion du futur Conseil des Droits de l’Homme nous CNRJ mèneront une action globale de lobbying.

Nous solliciterons d’une part la bienveillance des pays membres du conseils ou non pour qu’ils se mobilisent et d’autre part nous demanderons à nos institutions, réseaux et membres, d’insister partout sur sur la nécessité urgente d’une Commission d’enquête indépendante sous l’égide de la Communauté Internationale au Sri Lanka et de soutenir toutes les mentions proposées en ce sens au Conseil.

La question de la reconnaissance des actes et de la douleur

En effet, le génocide, aujourd’hui connu par quelques personnes dans le monde, n’a toujours pas été traité et les responsables, les coupables, courent toujours.

Nous le savons depuis longtemps, la majorité des victimes est constituée d’enfants et des plus jeunes du peuple tamoul. Notre ONG de par ses buts se devait de se saisir de cette question.

Evénement exceptionnel, le secrétaire général de l’ONU a même reconnu une erreur de traitement sur cette question. Pour ainsi dire, jamais génocide potentiel selon l’ONU ne fut aussi maltraité par l’ONU, tant dans le fond que dans la forme.

Pour nous il y a là de gros manques, délais de traitement excessivement long, commissions d’enquêtes qui traînent et surtout une incapacité pour l’ONU à faire connaitre ses travaux auprès d’un large public.

Tout concourt à faire que ce génocide, qui s’est déroulé en 2006 et dont on peut penser que les retombées et certaines de ses formes sont encore en cours, soit l’une des atrocités de ce début de 21ème siècle des plus mal connue de l’humanité. Au sein de l’ONG CNRJ nous n’avons eu de cesse que de signaler l’existence d’actes de barbarie, d’alerter les opinions et les medias, les autorités politiques des états occidentaux mais en dehors d’actions procédurières ne menant nulle part, depuis 2006, soit bientôt 10 ans, rien ne se passe.

De nombreuses victimes qui ont échappé de justesse au génocide sont en exil de par le monde et leurs souffrances traumatiques n’est pas en générale traitée, les atrocités, les actes de barbaries ou même les crimes contre l’humanité ne sont pas clairement définis et connus de l’ONU, et pour finir les coupables ne sont en rien inquiétés.

Qui, dans les personne en charge de ces dossiers sur le plan international, peut indiquer clairement la réparation ou les soins qu’ont obtenus les victimes ?

Qui peut, parmi ces même gens, indiquer quelles sont le ou les personnes ayant commis des atrocités et surtout qui aujourd’hui est devant la justice ?

En réalité depuis 2006, l’humanité par son organisation l’ONU et donc aussi par ses Nations n’arrive pas à regarder ce crime en face et à le déclarer contraire aux droits de l’Homme.

La question du Trauma psychologique collectif

De ce qui  s‘est passé là-bas résultent deux importantes composantes dans la formation du trauma, qui doivent être traité pour que cette jeunesse aille mieux.

Reconnaitre le mal qui a été fait

En effet l’absence de reconnaissance internationale rajoute du mal sur la mal.

De nombreux jeunes sont écroulés intérieurement et portent en eux  la guerre.

Nous avons même trouvé des cas indirects où des jeunes n’ayant pas vécu la guerre directement la portent en eux comme une terreur.

Travailler à la réparation du mal qui a été fait

Il est important que les victimes puissent bénéficier aussi de pris en charge psychologiques alors qu’elles ont souvent bénéficié de réparation physiologique.

En effet chacun (dont le plus jeunes) doit pouvoir faire état de sa douleur, en parler, la faire traiter et s’inscrire positivement pour lui et pour les autres dans sa vie.

Sans cela nous courons le risque que la jeunesse tamoule mettent du temps à être en paix avec elle-même et avec les autres et restent repliée sur elle et la douleur.

Lors de nos travaux d’expertise nous avions été aussi touchés évidement par l’ampleur prise par la place des enfants et de la jeunesse dans ce drame mais aussi par le trauma que portent encore de nombreux enfants et jeunes Tamouls dans le monde.

Les maux post-génocide sont encore présents dans la jeunesse et sont encore mal évalués et évidement, bien souvent sous-évalués à ce stade.

Des 2009,  j’ai évoqué cette notion de « Trauma » que présentent de nombreux enfants et jeunesse et je lui ai donné ce sens particulier car la situation tamoule, des jeunes Tamouls (le plus souvent en exil) est particulière.

Ainsi nous fûmes parmi les premiers de la sphère internationale à participer à la dénonciation de cette douleur et à alerter sur cette montée de ce que ce nous nommons souvent dans nos écrits comme « la part d’ombre de l’humanité au Sri Lanka », tournée en particulier contre la jeunesse et à montrer que la jeunesse tamoule avait une souffrance particulière (douleur des violences mais aussi de celle de la non reconnaissance de victime) en exil.

Nous avons aussi mené quelques prises en charges psycho-éducatives mais trop peu car l’opinion publique ne connaît ni la question tamoule ni notre œuvre sur cette question.

La Communauté Internationale est indécise quant à la situation des Tamouls du Sri Lanka et perd énormément de temps. Nous devons donc agir.

Il est de la responsabilité de la Communauté internationale, des nations, des peuples et des citoyens dans le monde de savoir pourquoi et comment plus de 100 000 personnes ont été tuées lors de la guerre de Mullivaikal en mai 2009, faisant ainsi plus de 89 000 veuves, 60 000 orphelins, 146 000 personnes dans une situation instable et inexplicable, et pourquoi plus de 50 000 n’ont plus le droit de retourner dans leurs propres terres et habitations.

Mais aussi des nations, des peuples et des citoyens d’aider aussi à mettre en place des programmes d’aide et de soutien pour réparer, prendre en charge les victimes dont les enfants, tant ceux qui sont en exil que ceux restés au Sri Lanka.

C’est pourquoi  en tant que président international  de l’ONG CNRJ  je continuerai à tout faire pour que nous fassions connaitre et puissions agir en direction des enfants et des jeunes, tant en situation d’exil que sur place au Sri Lanka.

SideEvent UPR on Sri Lanka 14 Novembre
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A propos de Frédéric Fappani von Lothringen ✅ 13 Articles

Président international ONG CNRJ

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