Afrique : vers une intégration commerciale en Afrique de l’Ouest ?

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L’Afrique de l’Ouest dispose d’un immense potentielavec quinze pays, 300 millions d’habitants et un PIB de plus 613 milliardsd’euros. Le renforcement de l’unité est un objectif recherché depuis longtempssans jamais avoir été atteint. Si désormais l’on comprend que le chemin verscette unité passe par l’intégration économique régionale, néanmoins quels sontles défis et quelles sont les voies/mesures pour y parvenir ?

Les enjeux du commerce régional pour l’Afrique del’Ouest

Dans chaque pays d’Afrique de l’Ouest, la volatilitéde la production au sein d’un pays est supérieure à celle de la région prisedans son ensemble, et la production est imparfaitement corrélée entre les pays(Rapport Pulse, BM, Avril 2017). Au regard de ce constat, la sécuritéalimentaire et le développement agricole pourraient, sous réserve de politiquesadaptées et de l’engagement des pays, jouer un rôle essentiel dans le commercerégional. Le commerce transfrontalier créera des économies d’échelle dans laproduction alimentaire, multipliera les débouchés pour les producteurs etréduira considérablement l’exposition des ménages, notamment pauvres, à lavolatilité des prix, à la sécheresse et aux autres chocs exogènes. Grâce aucommerce régional il est possible de connecter les zones excédentaires avec leszones déficitaires, permettant ainsi de satisfaire une grande partie de lademande régionale et offrir une véritable alternative aux importationscouteuses.

En le pratiquant suivant les règles de l’art, lecommerce régional favoriserait l’augmentation du pouvoir d’achat desconsommateurs et une meilleure compétitivité des entreprises qui pourraientainsi avoir un terrain plus favorable au développement de leurs activités et unterrain d’apprentissage de la compétitivité avec des rivaux à leur mesure. Eneffet, l’élargissement des marchés régionaux donnerait aux producteurs etconsommateurs africains davantage de débouchés, bien au-delà des marchésparfois restreints de leurs propres pays. Le commerce régional réduirait ainsiles coûts de transactions en incitant les pays concernés à investir dans desinfrastructures mutuelles, comme les transports, les communications, l’énergie,les systèmes d’approvisionnement en eau et la recherche scientifique ettechnologique, qu’un pays ne peut souvent financer à lui seul. En même temps,l’intégration régionale faciliterait les investissements à grande échelle entechnologie et en innovation grâce à la taille du marché régional permettantd’amortir rapidement ces frais fixes. Par ailleurs, grâce à l’élargissement dumarché et à la densification des échanges, une plus grande spécialisationserait possible, ce qui est synonyme d’amélioration de productivité, decompétitivité et in fine de revenus et du niveau de vie. Lecommerce régional, loin de favoriser la faillite des entreprises locales, lechômage et la pauvreté comme le pensent certaines autorités, contribuerait aucontraire à les renforcer en leur donnant plus de pouvoir et plus de marged’actions.

Quelles mesures prendre pour réussir cette intégrationcommerciale ?

L’inefficacité des services de transport etd’entreposage, le manque de financements et la fragmentation des chaîneslogistiques sont des problèmes récurrents qui pénalisent la commercialisationdes produits. Cette désorganisation complique l’activité des petits exploitantset négociants, qui ne parviennent pas à produire d’excédents destinés à l’industrie.Le climat des affaires dans la région est aussi miné par plusieurs maux qu’ils’agisse de l’entrée ou de la sortie du marché, les coûts élevés des facteursde production (capital, travail, énergie) et de transactions (conformité auxlois et réglementations complexes et injustifiées souvent). Par ailleurs, lesbarrières douanières, les exigences techniques et de conformité sanitaire etréglementaire, les politiques économiques non favorables à la libre circulationdes personnes et des biens, freinent la dynamique des échanges. Pour yremédier, il urge de mettre en place des réformes pour la création d’une zonede libre-échange où les pays africains négocieraient entre eux sur une base deréciprocité la minimisation voire la suppression des barrières tarifaires etnon-tarifaires.

Compte tenu des dysfonctionnements observés sur lesmarchés, il est indispensable de renforcer et diversifier les offres desentreprises car elles produisent les mêmes produits. C’est un fait qui, enréalité, ne devrait pas empêcher les échanges car en prenant l’exemple de laFrance et l’Allemagne : elles sont toutes deux productrices de voitures,cela n’empêche pas que les deux pays échangent des voitures. C’est uneréflexion qui justifie aussi la prise de mesures pour la diversification et ladifférenciation de l’offre des entreprises. La faible industrialisation estaujourd’hui un handicape mais ce n’est pas une fatalité ! Il incombe auxdirigeants de renforcer les politiques d’industrialisation pour transformerlocalement les matières premières en produits finis ou semi-finis pour lemarché régional. L’une des alternatives serait de travailler sur les chaînes devaleur africaines car la demande est croissante avec une classe urbaine avec unpouvoir d’achat en amélioration qui souhaite acquérir des produits normés,transformés, à forte valeur ajoutée.

Or le tissu productif local ne suit pas encore cesévolutions. Il faut donc adapter l’offre à la demande afin que l’Afrique del’Ouest ne devienne pas le déversoir des produits bas de gamme des autrescontinents.

Sur la base des récents changements sur le continentnotamment l’essor du partenariat public privé et ses corollaires, il estopportun de changer de cap et passer à l’action par la mise en œuvre de projetsde partenariats régionaux, afin de construire mutuellement les infrastructures(ports, chemins de fer, autoroutes, etc.) dont la finalité serait de réduire lecoût de la logistique qui reste un handicap à l’intégration commercialerégionale. Les obstacles que constituent les restrictions aux importations, lecoût élevé des transports et l’absence de normes de qualité et de politiques enla matière interdisent la mutualisation des ressources entre pays d’Afrique del’Ouest. 

Contrairement au discours souverainiste étroit,l’ouverture des marchés n’est pas porteuse de pauvreté et de misère. Bien aucontraire, avec le potentiel démographique et naturel de l’Afrique de l’Ouest,ça serait du gâchis de continuer à se refuser au bel avenir de l’intégrationcommerciale en Afrique de l’Ouest. Les Etats ont intérêt à proposer unenouvelle vision d’intégration fondée sur le libre-échange. Cela ne pourraitqu’être bénéfique à tous les pays de la région.

José Herbert AHODODE, agro socio-économiste béninois, acteur de la Société Civile. Article initialement publié sur le sitewww.libreafrique.org.

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A propos de José Herbert Ahododé17 Articles
Représentant National de l'ONG CNRJ au Bénin

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