Haïti : Quand la jeunesse haïtienne danse au rythme du pétro…

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” Il faut nous rendre des comptes sur les 3.8 milliards .”

Vendredi 24 août 2018. 10h AM. Les alentours de la CSC/CA (Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif) n’ont jamais été aussi bondés de gens. Formée majoritairement de jeunes -taxés jadis de majorité silencieuse- la foule brandissant mille et une pancartes, réclame des explications sur l’utilisation des fonds du PetroCaribe.

Cette prise de conscience citoyenne, déjà virale sur les réseaux sociaux (notamment facebook et twitter), allait s’étendre sur les rues de la capitale notamment l’Avenue Christophe ou siège la CSC/CA, juridiction financière chargée de juger les comptes des ordonnateurs  et comptables de l’État et des Collectivités territoriales. Le PétroCaribe challenge a d’abord été lancé par le cinéaste haïtien Gilbert Mirambeau avant que des figures emblématiques de la musique, du cinéma et de la comédie en Haïti ne se joignent, tête sous l’eau, à la noble cause.

Petrocaribe est, en effet, une alliance entre le Venezuela et les pays de la Caraïbe. Le premier exportateur de pétrole brut latino-américain  a, par cette alliance, facilité à Haïti l’achat de gazoline, diesel, kérosène, mazout et asphalte moyennant des conditions de paiement préférentielles soit un taux de 1% l’an remboursable sur vingt-cinq (25) ans avec un délai de grâce de deux (2) ans.

Le fonds PétroCaribe fut mis en application en 2008 et évalué à 3 833 890 217. 58 USD au 21 mars 2016. Ce montant a été divisé en deux tranches, une première de 1 714 288 623.21 USD payée par le BMPAD(Bureau de Monétisation des Programmes d’Aide au Développement) comme dettes à courts termes pour produits pétroliers reçus et une autre de 2 119 601 594.37 a été utilisée pour alimenter le budget d’investissement de l’Etat sur la période allant de la mise en application du contrat en 2008 jusqu’au 21 mars 2016. Sur cette même période, de nombreuses transactions ont été effectuées par les administrations Préval / Pierre-Louis, Préval/Bellerive, Martelly/Conille, Martelly/Lamothe et Martelly/ Paul. Lesquelles transactions sont respectivement élevées à 197 560 000.00, 348 240 830.01,  210 303 222.68, 668 315 429.20 et 280 003 698,66 USD.

La commission Ethique et Anti-Corruption du Sénat présidée par le Sénateur Youri LATORTUE, ayant constaté que les fonds susmentionnés n’ont pas été utilisés aux fins prévues et ont servi à garnir la poche de certains dirigeants, fit d’abord tirer la sonnette d’alarme en émettant un rapport concluant que ces fonds ont été mal négociés tant par les choix économiques des responsables que du point de vue administratif.

Mais la jeunesse d’Haïti, ne faisant plus confiance à ses représentants du parlement, estime qu’un dossier aussi délicat, qui aurait pû remettre Haïti sur les rails du développement, ne peut se limiter à un simple rapport. (Selon le professeur-économiste Eddy Labossière, l’annuité de la dette représente 14% du budget 2018-2019 contre 6,5% pour l’agriculture, 12% pour l’éducation et 7% pour la santé).  Elle réclame, aujourd’hui plus que jamais, lumière sur l’utilisation de ces 3.8 milliards de dollars et exige l’intervention de l’appareil judiciaire, très reproché d’ailleurs pour ne jamais agir quand il le faut.

Ainsi, la frange majoritaire de la population a abandonné l’écran de son Smartphone pour mettre sa belle énergie et sa fougue au profit d’une lutte désormais réelle. Les villes de Saint-Marc, de Petit-Goâve et de Jacmel ont ouvert les bras au mouvement depuis le 31 août 2018 écoulé tandis que l’Ouest n’a pas bronché quant à la poursuite de sa quête et a encore marché le 2 septembre 2018 dernier aux environs du Carrefour-Aéroport. Des traces du mouvement ont également été retrouvées au sein de la diaspora. D’autres marches pacifiques sont prévues, dans la même optique, pour le mois de septembre.

 

S’il est vrai que les banderoles et pancartes du #PetroCaribeChallenge qui décoraient les rues ont disparu miraculeusement, des graffitis et des ‘’tags’’ sont apparus par le même procédé. Les jeunes n’entendent donc pas lâcher prise et  manifestent  leur volonté de danser, jusqu’à obtention des résultats escomptés, au rythme du pétro…

Références :www.bmpad.gouv.ht

https://lenouvelliste.com

 

                                                                                                via   Ludnear D. AUGUSTIN

 

 

 

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