Haïti : Que serons-nous demain?

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« Et si nous, la jeunesse, décidions de nous engager socialement et politiquement en vue d’accéder au pouvoir de manière légitime dans la perspective de transformer la société haïtienne tant sur le plan social, politique, linguistique et environnemental? » Telle est la question qu’un groupe de jeunes, réuni autour d’une table afin de nourrir des réflexions sur certains grands axes de la gouvernance, s’était posé il y a déjà quelque temps. Ardents étaient leurs désirs de s’activer dans la communauté, d’apporter des solutions à certains problèmes qui gangrènent notre société,  de poser des actions dont les retombés bénéficieraient à la majorité et, qui sait, pourraient servir de motivation à d’autres groupements, voulant eux aussi faire un impact non pas dans un  esprit de concurrence, mais dans un esprit d’avancement et de bien-être commun pour leur pays.

Depuis, les temps ont évolué. Ces jeunes n’ont cessé de s’engager un peu dans tous les domaines où il leur était permis d’agir, afin d’apporter leur savoir et leur savoir-faire pour faire briller le soleil çà et là. Mais les permet-on de continuer? La classe dirigeante prend-elle en considération les efforts fournis par ces jeunes gens? Leur laisse-t-elle le champ libre d’accès pour accomplir de plus grandes choses? Qu’en est-il de leur développement personnel? Est-ce une priorité pour ce gouvernement qu’ils sont soi-disant appelés à diriger?

Aujourd’hui, plus de la moitié de ces jeunes ont un comportement qui frise le découragement voire le dégoût. D’autres nourrissent secrètement ou non, l’idée de poursuivre leur chemin sur ce gros morceau de « terre promise » situé là-bas, de l’autre côté de l’océan. Peut-on leur en vouloir de caresser ces idées noires lorsqu’ils sont enclin au marasme comme n’importe qui d’autre dans leur condition, lorsqu’ils se rendent compte, un peu plus chaque jour que d’autres jeunes comme eux n’ont même pas le luxe de penser à demain, car leur ayant été enlevé, par erreur ou non. 

Avenir. Un mot bien trop précieux pour les jeunes Haïtiens désormais. Faudrait même éviter de le répéter à haute voix, de peur qu’on se le voit arracher de la bouche impétueusement pour avoir osé  le désirer, pour avoir osé en rêver. Partout ailleurs, la jeunesse est considérée comme des bourgeons. Bourgeons dont la préservation est importante pour que l’arbre puisse voir poussées de nouvelles branches munies de feuilles et de fleurs fraiches. Cependant l’arbre qu’est l’état haïtien, n’a trouvé d’autres passe-temps que de détruire un peu plus chaque jour ces bourgeons qui pourtant grandiraient avec force pour un jour remplacer les vieilles branches qui ne serviraient plus à grand chose.

Lorsqu’aucune structure n’est mise en place en faveur de la jeunesse qui tel un moule doit former, encadrer puis essorer cette dernière afin de rendre le meilleur d’elle-même, le désarroi qui leur sert de chemise ne pourrait être différent.

Une jeunesse désabusée sans destination finale, est-ce vraiment ce que nous sommes? Les efforts que nous fournissons pour assurer des matins meilleurs que celui d’aujourd’hui, sont tous les jours piétinés par les maîtres du pouvoir qui nous appliquent un calcul acerbe et rejettent sur la population le jus aigre qu’ils feignent d’extraire de leur soi-disant politique publique.

 « Vivre libre ou mourir ». Le slogan que voici était il y a longtemps, craché par les esclaves de nos terres, fatigués de trainer ces lourdes chaines de fer ou de je-ne-sais quel métal qu’avaient mis les colons dans leurs pieds et leur mains. Aujourd’hui encore, bien que libres, nous sommes enchainés par nos vices, notre soif de pouvoir, notre envie de destruction de l’autre pour n’avoir le butin que pour soi… L’amour, le partage, la solidarité, le désir d’avancer et de gagner ensemble ne sont-ils plus disponibles dans les fléchettes de cupidon? Au moins nous auraient-elles piqués pour remplacer de nos cœurs ce venin qui détruit un peu plus notre Haïti.

Jamais nul n’aurait cru que le premier peuple noir à avoir obtenu son indépendance aurait un futur si poignant. Nos ancêtres se retournent sans doute dans leur tombe voyant le gâchis dans lequel nous nous sommes mis. Loin de moi l’idée de faire un cours d’histoire, mais tout s’enchaine. Si déjà l’avenir n’existe pas pour les jeunes d’aujourd’hui, qu’en sera-t-il des jeunes de demain- si demain il y aura?

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