International : GPA, Grossesse Pour Autrui ou Grossesse pour l’Argent ?

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Contexte d’écriture :

Ce texte s’inscrit dans une critique succincte du Rapport de Franck Adrien Papon « Pour une GPA responsable en France La famille pour tous » (préface de Daniel Borrillo).

Le texte du rapport est trouvable à  https://www.generationlibre.eu/wp-content/uploads/2018/09/2018-09-Pour-une-GPA-responsable-en-France-_-GenerationLibre.pdf

 Cet article a été soumis à l’aimable relecture du Professeur Josette Dall’Ava Santucci

Le droit à l’avortement justifierait-il le droit à la GPA ?

Le rapport de Franck Adrien Papon fonde son argumentaire sur une comparaison entre l’avortement, acte médical légal conquis de haute lutte par les féministes et la Gestation Pour Autrui, pratique illégale dénoncée par la plus grande coalition d’associations de femmes dans l’Union européenne[1], ainsi que, internationalement, par un grand nombre de figures du féminisme.[2]

Ainsi le parallèle qui prédomine dans ce rapport, avortement / GPA, est-il absurde : en effet l’expression « mon corps m’appartient » exprimée à juste titre pour défendre l’avortement ne peut pas être reprise dans le contexte de la GPA puisqu’il n’est plus question SEULEMENT du corps de la femme, mais aussi de celui d’un enfant qui, rappelons-le, à des droits.

Faut-il rappeler que l’embryon dont il est question en matière d’avortement N’EST PAS un enfant, contrairement au bébé conçu dans le cadre d’une GPA ?

Dans le troisième paragraphe de l’introduction de Gaspard Koenig (page 3), des enfants qui ne sont pas encore nés (!) sont présentés comme des victimes : c’est a fortiori plus grotesque encore que l’argument avancé par les anti-IVG qui consiste à présenter une cellule comme un être humain pour aller jusqu’à vilipender la pilule abortive… Un comble lorsque l’on sait que cette référence à des enfants qui ne seront jamais conçus est exprimée par des personnes pour qui le droit à la GPA serait justifiable de la même manière que l’IVG !

De quoi les enfants sont-ils victimes ?

Dans ce même paragraphe, de la même manière que les enfants qui n’existent pas, les enfants nés de GPA, sont présentés de manière trompeuse comme des victimes de sa prohibition. Si ces enfants nés de GPA sont bien des victimes, ils ne sont pas celles de sa juste interdiction, mais celles d’individus souhaitant à tout prix devenir parents qui n’ont pas respecté leurs droits à l’instar de postulants à l’adoption prêts à n’importe quoi pour arriver à leurs fins. On rappellera à ce sujet la sinistre affaire de l’Arche de Zoé. Une fois qu’en France des individus ont bafoué la loi au mépris des processus légaux et éthiques pour accéder à la parentalité au détriment des droits humains, il convient certes de traiter ces situations extrêmement délicates toujours en tenant compte de l’intérêt supérieur des enfants concernés et victimes. Cependant, les coupables de ces situations ne doivent pas être absous puisque, de fait, une telle tolérance à leur égard constituerait le précédent que, justement, les pro-GPA appellent de leurs vœux dans l’intention de faire jurisprudence.

Diversité des modèles familiaux

Il est insinué tout au long du rapport que refuser la GPA reviendrait à refuser des modèles familiaux variés ou empêcherait de répondre à « la détresse de parents infertiles » comme il l’est écrit dans la conclusion (page 84) : c’est faux. S’opposer à la GPA ne signifie nullement refuser d’autres types de modèles tels que la monoparentalité, l’homoparentalité, la parentalité adoptive simple ou plénière…). Le procédé qui consiste notamment à amalgamer les prohibitionnistes de la GPA à des homophobes est particulièrement révoltant. En effet, il suppose d’une part que tous les homosexuels agréent par principe une « GPA éthique parce que légale et encadrée » supposée être la voie royale la plus simple vers une parentalité dont chacun serait « en droit » de bénéficier et, d’autre part, ce procédé est scandaleux, car il induit l’idée que les opposants à la GPA la refusent uniquement aux homosexuels alors qu’ils la refusent à tous.

Question d’argent et de liberté

« Au nom de quelle morale refuser une liberté qui ne nuit à personne  ? » Cette dernière question de l’introduction de Gaspard Koenig se veut rhétorique, mais ne l’est pas en réalité puisqu’une réponse s’impose :  

-Il n’est pas question de « morale », mais de droit, en l’occurrence celui des enfants, garanti par le principe numéro 6 de la Déclaration des Droits de l’Enfant qui dispose que « l’enfant en bas âge ne doit pas, sauf circonstances exceptionnelles, être séparé de sa mère ».

-Il n’est pas question de priver quiconque de la « liberté » de devenir parents, car, de fait, la PMA et l’adoption sont des mesures bien plus simples et éthiques pour le devenir. Il convient de préciser que la GPA, partout où elle est légale, est TOUJOURS soumise à une participation financière, défraiement ou indemnisation, euphémismes utilisés par les bénéficiaires pour éviter de parler de vente. Écoutons à ce propos Marc-Olivier Fogiel euphémiser un achat de 20000 dollars à une mère porteuse dans un processus qui aura coûté en tout 150 000 euros :

« Cette somme n’est pas un salaire et encore moins le prix de l’enfant, écrit le journaliste. C’est un dédommagement[3]

On croirait du Molière (Le Bourgeois gentilhomme Acte IV, scène 3) :

Monsieur Jourdain :

Il y a de sottes gens qui me veulent dire qu’il a été marchand.

Covielle : Lui marchand ? C’est pure médisanceil ne l’a jamais été. Tout ce qu’il faisaitc’est qu’il était fort obligeantfort officieux ; et comme il se connaissait fort bien en étoffesil en allait choisir de tous les côtés, les faisait apporter chez lui. “

Dans la langue de Molière comme dans les autres, il faut bien appeler un achat un achat.

Justine Rocherieux, sur le site trimestriel de la revue du Mouvement du Nid-France (janvier 2019) rappelle que « L’ensemble du processus de la GPA est marchand et le « produit  final de ce processus est un enfant. Impossible de nier qu’il s’agit de la vente et de l’achat d’un être humain. » [4]

Ce type de « dédommagement », donc, encore un euphémisme bien utile, est toujours tel qu’il révèle l’absurdité de présenter la GPA comme un moyen égalitaire d’accéder à la parentalité puisqu’il exclut obligatoirement les gens qui ne sont pas fortunés. Ainsi, l’idée « de rendre la GPA accessible aux plus modestes » (page 60) ne trompe personne : il sera toujours matériellement impossible « aux plus modestes » de débourser le « dédommagement » requis… On sait parfaitement que l’« indemnisation des mères porteuses va bien au-delà du remboursement des frais médicaux liés à la grossesse. Insinuer qu’une aide pécuniaire de plus pourrait être apportée aux bénéficiaires de la GPA s’inscrit non seulement aux confins de la mauvaise foi, mais encore nous plonge dans les abîmes de l’absurde lorsque l’on sait qu’aucune aide financière n’est apportée aux futurs parents qui s’orientent vers l’adoption internationale. En outre, si une telle aide financière était apportée à des candidats « modestes » à la GPA -dans le cadre de l’abandon programmé d’un enfant dans un processus à la Huxley donc- ne serait-ce pas révoltant alors que les candidats à l’adoption internationale ne sont pas aidés financièrement, eux qui adoptent un enfant dont l’abandon, bien loin d’avoir été souhaité, est la conséquence de la misère, du malheur ou de la mort ?

Féminisme

Nous pouvons considérer la GPA comme la forme la plus féministe de reproduction non seulement parce qu’elle affirme le droit des femmes de disposer d’elles-mêmes, mais aussi parce qu’elle permet de tarifer un travail effectué gratuitement.” (Page 9) Ainsi, pour Daniel Borrillo, auteur de la préface de ce document, l’acmé du féminisme réside dans l’opportunité pour une femme de tarifer l’enfant qu’elle a porté et mis au monde dans l’intention exclusive de le vendre. Il me semble qu’il n’est nul besoin de commenter cela davantage, mais qu’il soit permis d’avoir une pensée pour Simone Veil dont l’image et les mots sont utilisés dans l’argumentaire de ce rapport, trois pages après ces trois lignes de Daniel Borillo.

Pour conjurer cet outrage, une autre image et les mots du Professeur Josette Dall’Ava Santucci, Présidente Honoraire de l’Association Française des femmes médecins :  “La GPA s’oppose à la DIGNITE de l’Homme au sens philosophique des Lumières, Lumières qui dans notre société ne sont plus qu’une petite flamme entretenue seulement par quelques-uns. Rappelons donc les fondements philosophiques de la DIGNITE qui est incompatible avec l’inacceptable choix des enfants et la marchandisation des corps dans la GPA

C’est Emmanuel Kant (1724 1804) qui le premier au XVIIIe siècle a remplacé la conception religieuse de l’Homme par une conception morale. Pour lui la dignité n’est pas de l’ordre de la nature avec ses inégalités, elle est de l’ordre de la liberté et de l’autonomie. Il abolit par là toutes les inégalités de talent, de richesse, de naissance, de religion. (On ne peut donc choisir son futur enfant sur ces critères !)

C’est une valeur universelle et intangible qui s’oppose à une vision utilitariste où chaque individu aurait une valeur que l’on pourrait estimer, utiliser ou échanger. Pour Kant, clairement les “choses” ont “une valeur relative ou PRIX” et l’Homme a une valeur absolue ou DIGNITE. (D’après E. Kant “La critique de la raison pratique »)

Josette Dall’Ava Santucci et Simone Veil

Eugénisme

La question de l’eugénisme n’est abordée dans ce rapport que dans une phrase vite expédiée (toujours à la page 60, page décidément dédiée aux vœux pieux, mais sans aucune démonstration factuelle) : « Il s’agit de rendre la GPA accessible aux plus modestes, de prévenir toute dérive eugéniste de sélection des femmes porteuses, et d’éviter que la motivation financière conduise certaines femmes à adopter un comportement potentiellement moins respectueux des enfants et des parents pendant la grossesse. » On voit mal comment s’y prendre pour mettre en œuvre ces bonnes intentions et les auteurs de ce rapport sont nettement moins prolixes sur ce sujet : pas plus qu’on ne pourra éviter de parler de marchandisation on ne saura pas comment on pourra éviter l’eugénisme puisque la GPA est en réalité toujours déterminée par un processus eugéniste qui participe bien de cet « encadrement » dont elle est consubstantielle.

Cet « encadrement » dont se gargarisent les auteurs du rapport est donc présenté paradoxalement comme une garantie éthique alors qu’il participe justement de l’eugénisme (choix de la mère, choix des gamètes, contrat, etc.), mais il n’est même pas question de sa mise en place dans la proposition de loi indigente de la page 37.  Forcément, mieux vaut éviter d’insister sur le fait qu’il sera impossible d’éviter l’eugénisme dont l’évocation seule suffit à faire frémir en faisant écho aux heures les plus sombres de notre Histoire.

On n’« encadre » pas ce qui est contraire aux Droits Humains : on le combat. Il convient de refuser fermement la GPA et de la dénoncer parce qu’elle contrevient à un Droit Humain, parce que son abolition ne nuit nullement à la liberté de devenir parent de manière éthique, parce que l’eugénisme doit toujours être proscrit, parce qu’autoriser la marchandisation du corps de la femme et de l’enfant, qui plus est au prétexte d’altruisme (!) et de féminisme (!!!)  n’est pas une simple nuisance : c’est une indignité.


[1]https://collectifcorp.files.wordpress.com/2015/01/surrogacy_hcch_feminists_french.pdf

[2] https://www.liberation.fr/debats/2015/03/24/gpa-abolissons-le-trafic-des-meres_1227299

[3] https://www.lepoint.fr/societe/fogiel-defend-la-gpa-je-n-ai-pas-choisi-un-enfant-sur-catalogue-04-10-2018-2260441_23.php

[4]http://www.prostitutionetsociete.fr/societe/sexisme-egalite-hommes-et-femmes/article/pourquoi-la-gpa-n-est-pas-un-progres-pour-l-humanite

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